Quelle différence entre se faire masser et être massé ? Sur le papier, presque rien. Dans l'expérience, beaucoup. Dans un cas, on vient chercher un résultat : se détendre, dénouer le dos, « rentabiliser » son heure. Dans l'autre, on se laisse recevoir, sans objectif particulier. Et c'est souvent là que le massage bien-être prend une autre dimension.
Deux façons de vivre un massage
Se faire masser, c'est rester aux commandes. On surveille ce qui se passe, on se demande si la pression est la bonne, si on se détend « assez », on pense déjà à la suite de la journée. Le corps est allongé, mais la tête continue de travailler.
Être massé, c'est accepter de lâcher un peu ce contrôle. On n'a rien à réussir. On laisse les sensations venir comme elles viennent, agréables ou non, et on les remarque simplement. Ce n'est pas une compétence à acquérir, plutôt une permission à se donner.
Le cavalier et son cheval

Ma pratique s'inscrit dans le courant de la psychologie humaniste, dans la lignée des approches corporelles de Wilhelm Reich et d'Alexander Lowen. Pour parler de la relation entre notre volonté et notre corps, j'aime une image proposée par Freud et reprise par Lowen : celle du cavalier et de son cheval.
Imaginons que le corps soit le cheval, et notre volonté le cavalier. Un cavalier peut imposer sa direction à force de conviction, voire d'acharnement, et il obtiendra beaucoup. Mais combien de temps ? S'il prend au contraire le temps de sentir sa monture, sa respiration, ses mouvements, ils avancent ensemble, avec moins d'effort de part et d'autre.
C'est une image, pas une théorie scientifique. Mais elle parle à beaucoup de personnes qui viennent me voir.
Quand le mental veut performer, même en massage
Nous vivons souvent avec une vision très fonctionnelle du corps : une machine qui doit tenir, répondre, performer. Même la détente devient un objectif à atteindre, avec la meilleure technique, le bon créneau dans un planning chargé, et l'injonction de « bien se relâcher ».
Le paradoxe, c'est que plus on cherche à se détendre, moins on y arrive. La détente ne se commande pas, elle se laisse venir. C'est tout le sens du lâcher-prise : non pas faire un effort de plus, mais relâcher celui qu'on fait déjà.
S'endormir ou ne rien sentir : ce n'est pas un échec
Certaines personnes s'inquiètent de s'être endormies pendant la séance, ou de n'avoir « rien senti de spécial ». Il n'y a là aucun échec. S'endormir est fréquent : c'est souvent le signe d'une vraie détente, ou d'une fatigue que le corps s'autorise enfin à montrer.
Et ne rien ressentir de particulier est une expérience comme une autre. Il n'y a pas de bonne manière de recevoir un massage.
Ce qui peut émerger quand on lâche le contrôle

Ce n'est ni à rechercher ni à éviter. Si une émotion arrive, elle a sa place, et je l'accueille sans chercher à l'interpréter : j'en parle dans l'article sur les émotions pendant un massage.
De mon côté, ce lâcher-prise est rendu possible par une posture précise, inspirée de Carl Rogers : l'empathie, l'authenticité et l'accueil de la personne sans jugement ni condition. En psychothérapie, ces attitudes font partie des facteurs relationnels les mieux étudiés, et elles sont associées à de meilleurs résultats. Je m'attache à les incarner dans le toucher : ne rien attendre de vous, ne pas diriger la séance vers un résultat. C'est ce que je décris dans l'article sur la présence en massage.
Recevoir sans rien attendre
Être massé, c'est s'accorder un temps où l'on n'attend rien de vous. Pas de performance, pas de résultat à obtenir, seulement ce qui se présente. Pour certaines personnes, ce simple changement d'attitude transforme l'expérience.
Et si ce qui émerge vous amène vers des questions plus profondes sur votre histoire ou votre rapport au corps, l'accompagnement psychocorporel en Relation d'Aide par le Toucher® offre un cadre pour les explorer, avec un temps d'échange avant et après le travail corporel.
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