Vous est-il déjà arrivé de pleurer sans savoir pourquoi ? De sentir votre gorge se serrer alors que tout va « objectivement » bien ? De vous crisper ou de sursauter face à une situation anodine, sans pouvoir l'expliquer ?
Ces réactions ne sont pas des anomalies. Elles sont souvent la trace d'expériences passées, que le corps a appris à gérer à sa façon. C'est ce qu'on appelle parfois la mémoire du corps. Dans cet article, je vous propose de voir ce que l'on sait vraiment de cette mémoire, et ce qu'un accompagnement psychocorporel par le toucher peut, et ne peut pas, apporter.
Ce que la science appelle la mémoire implicite
On entend souvent que « le corps n'oublie rien » ou que les souvenirs seraient stockés dans les muscles. Ce n'est pas exactement ça. Ce qui est bien établi en neurosciences, c'est l'existence d'une mémoire implicite : notre système nerveux apprend des réactions sans qu'on en garde un souvenir conscient.
Un exemple : un enfant qui a vécu une peur intense sans pouvoir être rassuré a pu apprendre à se contracter, à retenir son souffle, à rester sur ses gardes. Devenu adulte, il peut réagir fortement à certaines situations sans comprendre pourquoi. Ce n'est pas un souvenir qui revient, c'est une réaction apprise qui se déclenche.
Ces réactions peuvent prendre la forme de tensions qui ne lâchent pas, d'un sursaut facile (j'en parle dans l'article pourquoi je sursaute quand on me touche), d'une respiration courte, ou d'un sentiment diffus d'insécurité sans lien apparent avec le présent.
Quand les mots ne suffisent pas toujours
Beaucoup de personnes que j'accompagne me disent : « J'ai déjà parlé de tout ça, je connais mon histoire, mais… ». Mettre des mots sur son passé est une étape précieuse. Parfois pourtant, le corps continue de réagir comme avant, parce que ces réactions se sont installées en dehors du langage.
C'est là qu'une approche corporelle peut venir en complément : non pas pour remplacer la parole, mais pour aider à ressentir, ici et maintenant, que la situation n'est plus la même.
Un toucher qui écoute, sans chercher à interpréter

Petit à petit, quelque chose peut se présenter : un soupir, un tremblement, une larme, une émotion. Parfois il ne se passe rien d'apparent, simplement une détente qui s'installe et une respiration qui se libère.
Un point est essentiel pour moi : je n'interprète pas ce qui se présente. Une sensation, une image ou une émotion qui surgit pendant une séance ne prouve pas qu'un événement particulier a eu lieu. La recherche sur la mémoire a montré qu'on peut, de bonne foi, construire de faux souvenirs quand on cherche une explication à tout prix. Mon rôle est d'accueillir ce qui vient, pas de lui donner un sens à votre place.
Ce qui peut changer
Quand une réaction ancienne peut être vécue dans un cadre sécurisant, elle a parfois moins besoin de se manifester en tension. Certains praticiens parlent de « terminer un mouvement interrompu » : c'est une image, pas une théorie démontrée, mais elle décrit bien ce que certaines personnes vivent.
Une femme qui a toujours retenu sa colère peut sentir, un jour, de la force revenir dans ses bras. Une autre, qui se sentait « coupée en deux », peut sentir à nouveau ses jambes. Une autre encore, dont la respiration restait bloquée, peut respirer jusqu'au ventre.
Ces changements ne sont pas spectaculaires. Ils sont simples, intimes, et prennent du temps. Sur le lien entre émotions et tensions, vous pouvez lire aussi libération émotionnelle : écouter les tensions de son corps.
Prendre le temps d'intégrer

Le rôle du praticien est d'être présent, stable et bienveillant, dans un cadre clair que je détaille dans mes engagements déontologiques. La relation compte : c'est souvent dans la relation qu'on a appris à se protéger, et c'est aussi dans une relation sûre qu'on peut apprendre à relâcher.
Ce que cet accompagnement ne remplace pas
Si vous avez vécu un traumatisme, si des souvenirs envahissants, des cauchemars ou des moments de « déconnexion » font partie de votre quotidien, l'accompagnement par le toucher n'est pas la première réponse. Des psychothérapies spécifiques, comme la TCC centrée sur le trauma ou l'EMDR, ont fait leurs preuves et sont recommandées dans ces situations. Parlez-en à votre médecin ou à un psychologue.
Le travail corporel peut ensuite venir en complément, avec l'accord de votre thérapeute, pour aider à se réapproprier son corps. Et si vous traversez un moment très difficile, le 3114 est joignable gratuitement, 24 h/24.
Un corps qui protège
Le corps ne trahit pas. Ses réactions ont eu, un jour, une fonction de protection. L'approche psychocorporelle ne cherche pas à le corriger, mais à l'écouter, pour passer peu à peu d'un corps subi à un corps habité.
Si ce sujet vous parle, vous pouvez découvrir l'accompagnement psychocorporel et prendre rendez-vous.
